Histoires de conducteurs : Nerene Virgin | L’univers d’Audi

Histoires de conducteurs : Nerene Virgin

Publication : 14 juillet 2022

Audi Canada s’entretient avec l’écrivaine, la comédienne, la militante, l’enseignante... et la passionnée d’Audi qu’est Nerene Virgin.

TEXTE: Brendan Christie, PHOTO: Renata Kavah
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Femme-orchestre

Vous connaissez Nerene Virgin?

Enseignante, comédienne, journaliste, historienne, politicienne et militante des droits de la personne, elle ne cesse de se démarquer.

Pendant sept saisons, elle a joué le rôle de Jodie dans Today’s Special, sur la chaîne TVO, qui a atteint le numéro deux au palmarès du réseau américain Nickelodeon. Après pratiquement une décennie à TVO, Nerene s’est jointe à l’équipe des nouvelles de CBC à Ottawa à titre de journaliste communautaire. Elle a occupé ce poste jusqu’en 1989, année où la chaîne CFTO, qui appartient à CTV, lui a offert entre autres de prendre la tête de sa propre émission d’affaires publiques, Eye On Toronto.

En 1996, elle a intégré l’équipe de CBC Newsworld à Calgary à titre d’animatrice du journal télévisé de fin de soirée et de l’émission Coast To Coast. Un an plus tard, elle lançait l’émission Saturday Report sur le même réseau, pour ensuite enchaîner avec la présentation des nouvelles internationales à l’émission Newsworld International de CBC jusqu’en 2005.

Au-delà de son travail dans les médias et des nombreux autres rôles qu’elle a joués, Nerene Virgin demeure une enseignante et une bénévole dévouée. Elle a entre autres coanimé le Children’s Miracle Network Telethon pendant plus d’une décennie.

Elle est également fière conductrice de voitures Audi depuis plus de 35 ans.

Audi Canada a eu l’honneur de rencontrer cette très importante membre de la famille Audi et d’en apprendre un peu plus sur son parcours de vie remarquable.

Vous avez accompli tellement de choses et vous avez relevé tant de défis... Nerene Virgin, qu’est-ce qui vous motive? Qu’est-ce qui fait que vous êtes devenue la personne que vous êtes aujourd’hui?

Je sais qui je suis parce que je connais mes origines. Je connais l’histoire de ma famille, et ce, depuis le moment où mon arrière-arrière-arrière-grand-père a été kidnappé sur la côte ouest de l’Afrique et amené de force en Amérique du Nord, où il a été fait esclave. Je connais cette histoire parce qu’elle a été racontée dans des livres. Je comprends donc très bien mon histoire.

Mon arrière-grand-père, qui était esclave au Maryland, s’est enfui au Canada à l’âge de 15 ans. Quand j’y pense, je me dis qu’il a fait un incroyable sacrifice et pris de grands risques pour lui-même et pour les générations suivantes. C’est mon devoir de profiter du cadeau qu’il m’a offert.

Ma mère a également été pour moi un exemple de courage, de résilience et d’optimisme. Malheureusement, le jour de son mariage, elle ignorait que l’homme qu’elle s’apprêtait à épouser était un monstre, un être d’une cruauté inouïe. Contre toute attente, elle a persévéré. Elle a réussi à déménager et à élever ses enfants seule, dans la pauvreté. Et malgré tout, je l’ai toujours connue débordante de joie, d’optimisme et d’empathie.

Ma mère et ses parents m’ont inculqué la leçon suivante dès mon plus jeune âge : nous naissons avec un droit à la dignité, à la fierté, à la grâce et à l’honneur. Nous devrions conserver ces mêmes droits et les exercer jusqu’au jour de notre mort et éviter de les abandonner en cours de route.

Cet enseignement m’a suivi tout au long de ma vie. Il y a des choses plus importantes que le gain financier. Les personnes qui m’ont soutenue m’ont inculqué l’importance de redonner.

Redonner semble être le moteur de vos accomplissements. Comment y arrivez-vous? De quelle manière vous décririez-vous?

Comment je me décrirais? Je suis une femme. Je suis une éternelle étudiante. Je suis une épouse, une mère et une grand-mère. Ce sont les choses qui me tiennent vraiment à cœur.

Je suis aussi une enseignante; je l’ai toujours été. Je suis extrêmement curieuse. J’ai toujours quelque chose de nouveau à apprendre. J’aime apprendre. J’aime avoir des conversations avec des inconnus, par exemple quand j’attends en file à l’épicerie, parce que tout le monde a quelque chose à offrir. Tout le monde a une histoire à raconter. J’aime découvrir les choses les plus intéressantes et fascinantes sur qui nous sommes, la manière dont nous pensons, dont nous fonctionnons et dont nous interagissons.

Lorsque je travaillais à la CBC, j’avais l’habitude de dire que chaque jour, j’avais l’impression d’entrer en classe tellement j’apprenais. Ensuite, quand j’entrais en ondes, je devenais une enseignante pour les téléspectateurs. J’avais donc l’avantage d’être à la fois une étudiante et une enseignante.

Quel est l’accomplissement dont vous êtes la plus fière?

Jouer le rôle de Jodie dans Today’s Special a été à la fois un privilège et une bénédiction. J’ignorais à quel point cette émission serait importante. Je me sens choyée d’avoir pu faire un travail qui compte et qui continue de marquer toute une génération. Je reçois des messages de jeunes adultes de partout dans le monde parce que l’émission était numéro deux sur Nickelodeon aux États-Unis avant d’être diffusée au Canada. Elle a été présentée sur Nickelodeon pendant 10 ans. Je pense qu’elle a été diffusée en Arabie Saoudite, en Afrique du Sud et à Singapour.
Je crois qu’à mes yeux, la vente de l’émission à l’Afrique du Sud, alors que Mandela était toujours en prison, est la plus importante. Le chef de production est venu nous dire qu’un réseau en Afrique du Sud l’avait achetée pour la présenter comme exemple de ce que le monde pouvait être étant donné qu’elle mettait en vedette un personnage de femme noire et un personnage d’homme blanc qui chantent et dansent ensemble, qui sont de grands amis. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai été si touchée que j’ai pleuré.

C’était une période terrible dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Cela dit, en tant que Canadiens, nous avons tendance à penser que les problèmes de racisme appartiennent au passé ou à d’autres pays. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Vous vous êtes heurtée à certains problèmes il y a une dizaine d’années, lorsque vous avez tenté votre chance en politique, n’est-ce pas?

En 2007, je me suis présentée en politique à Hamilton, ville qui a toujours été aux prises avec des problèmes de racisme. J’ai été frappée par un mur de discrimination.

Une journaliste a écrit à propos de moi un article intitulé « Into the Briar Patch », qui signifie « bienvenue dans l’impasse », et m’a appelée « tar baby », qui peut vouloir dire à la fois « source de problèmes » et « bébé à la peau couleur de goudron ». Elle a affirmé que le parti avait choisi son « tar baby » préféré et que ses membres m’avaient donné une chance uniquement parce qu’ils ne voulaient pas d’un homme blanc ordinaire comme candidat.

En fin de compte, j’ai perdu l’élection. Je suis allée voir un avocat qui m’a dit : « Vous devriez vous tenir loin des poursuites judiciaires à moins d’avoir un portefeuille bien garni. » Finalement, j’ai quand même décidé d’agir. J’ai intenté une poursuite en responsabilité civile. J’ai obtenu un règlement amiable très satisfaisant et j’en suis excessivement fière puisque quelques années plus tard, Matthew Green s’est présenté en politique à Hamilton et est devenu le premier conseiller municipal noir de la ville. Aucun journal n’a fait référence à la couleur de sa peau.

Vous ne semblez pas être du genre à ressasser le passé. Vous avez plutôt l’air de vous attaquer de front aux problèmes.

Martin Luther King a dit que nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent. Il a aussi dit qu’à la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis.

Je suppose que j’ai appris de ma mère et de mes grands-parents que nous avons une obligation. Nous avons l’obligation de défendre ce qui est juste et de dénoncer ce qui ne l’est pas.

Récemment, vous avez offert une formation sur les médias à des cadres supérieurs, de même que des ateliers sur la lutte contre le racisme et l’importance, pour nous tous, de sentir que notre vie compte et que nous avons notre place en ce monde. Vous êtes toujours très active au sein du secteur de l’enseignement et de l’éducation. Quel est le message que vous transmettez?

Les gens ont parfois de la difficulté à comprendre qu’une personne peut changer le monde. Martin Luther King était une personne.

Je travaille en quelque sorte en tant que consultante en éducation. Je prends soin de préciser que le sujet abordé n’est pas l’histoire des Noirs. C’est l’histoire du Canada. Il n’est pas question d’un seul chapitre. Nous ne sommes pas « à part ». Nous faisons partie intégrante de l’évolution de ce pays et de son histoire, et nous y contribuons de façon continue. Les enfants de couleur dans les salles de classe peuvent être fiers. Pas seulement en février, pendant le Mois de l’histoire des Noirs, mais toute l’année.

Je connais le système et je comprends que les enseignants n’ont pas le temps de faire des recherches sur le sujet. C’est ce qu’ils nous ont dit. Ils craignent aussi de ne pas savoir comment l’enseigner. Ils craignent de faire une mauvaise intervention, de dire quelque chose de mal.

Les enseignants m’ont posé des questions comme : Que dois-je dire quand je parle de vous? Que vous êtes afro-canadienne? Noire? Une personne de couleur? Ils ne savent pas quels mots utiliser.

Je pense que commencer par m’appeler par mon prénom est un bon début.

Croyez-vous que vous pouvez être un agent de changement?

Quel est le dicton, déjà? L’enfant qui n’est pas embrassé par le village le brûlera pour sentir la chaleur? Je crois tout de même que nous allons prendre un virage parce qu’à mon avis, il y a une prise de conscience.

Nous devrons tous mettre la main à la pâte. Nous devrons tous agir en concertation. Nous devrons tous nous réunir pour apporter un vent de changement.